L'écriture chinoise · mis à jour le
La calligraphie chinoise : histoire, styles, outils et grands maîtres
En Chine, la manière d’écrire est un art à part entière, au même rang que la poésie et la peinture. Un même caractère, tracé par deux calligraphes, ne donne jamais la même œuvre. Voici l’histoire de cette écriture devenue art, ses cinq grands styles, ses outils, ses maîtres, et quelques repères pour apprendre à la regarder sans lire le chinois.
En bref
- La calligraphie se dit 書法 shūfǎ, « la méthode de l’écriture » ; l’UNESCO l’a inscrite en 2009 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
- On distingue cinq grands styles : sigillaire, écriture des clercs, régulier (kaishu 楷書), courant et cursif.
- Les « quatre trésors du lettré » sont le pinceau, l’encre, le papier et la pierre à encre.
- Wang Xizhi, au IVe siècle, et Yan Zhenqing, au VIIIe siècle, comptent parmi les maîtres les plus admirés.
Une écriture devenue un art
En Chine, écrire n’a jamais été un simple moyen de noter la langue. Depuis plus de deux mille ans, la manière de tracer les caractères est tenue pour un art à part entière, pratiqué par les mêmes lettrés que la poésie et la peinture. On l’appelle 書法 shūfǎ, littéralement « la méthode de l’écriture ». En 2009, l’UNESCO a inscrit la calligraphie chinoise sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Ce qui fait la calligraphie n’est pas l’ornement. Un caractère chinois est une figure fixée : le nombre de ses traits, leur forme et leur ordre ne varient pas. Tout se joue dans la façon de les poser : l’appui du pinceau, la vitesse, la charge d’encre, l’équilibre des pleins et des vides, l’élan qui relie un caractère au suivant. Deux calligraphes qui écrivent le même mot ne produisent jamais la même œuvre, et un même calligraphe ne refait jamais exactement la même page.
Des écritures anciennes au style régulier
Sur l’os et sur le bronze
Les plus anciens textes chinois connus en grand nombre sont les inscriptions divinatoires de la fin de la dynastie Shang, gravées sur des carapaces de tortue et des omoplates de bovins, vers les XIIIe-XIe siècles avant notre ère. Leur redécouverte, à la toute fin du XIXe siècle, a ouvert un champ immense aux historiens. Sous les Shang et surtout sous les Zhou, des inscriptions sont aussi coulées dans les vases de bronze rituels : leurs traits plus épais et plus arrondis annoncent ce qu’on appellera la grande écriture sigillaire.
L’unification des Qin
Pendant la période des Royaumes combattants, chaque État a ses variantes d’écriture. Lorsque le premier empereur unifie la Chine, en 221 avant notre ère, une écriture commune est imposée : la petite sigillaire, dont la tradition attribue la mise au point à son ministre Li Si. Ses traits sont d’épaisseur égale, ses courbes régulières, ses formes inscrites dans un rectangle vertical. C’est elle qui restera, bien plus tard, l’écriture des sceaux.
Les Han et l’écriture des clercs
Une écriture sigillaire est lente à tracer. Les scribes de l’administration, qui copient à longueur de journée, simplifient et aplatissent les formes : les courbes deviennent des angles, les traits gagnent des pleins et des déliés. Cette écriture des clercs devient l’écriture ordinaire sous la dynastie des Han (206 av. J.-C.-220 apr. J.-C.). Son long trait horizontal, qui s’évase à son extrémité, est resté célèbre : on le compare à une queue d’hirondelle.
Du cursif au régulier
À la fin des Han et dans les siècles qui suivent, trois manières d’écrire se dégagent : une écriture abrégée et rapide, le cursif ; une écriture nette, posée trait par trait, le régulier ; et, entre les deux, l’écriture courante. Le style régulier atteint sa pleine maturité sous les Tang (618-907), avec des maîtres dont les modèles sont encore copiés par les écoliers. C’est lui qui a fixé la forme des caractères telle qu’on l’apprend et qu’on l’imprime aujourd’hui.
Les cinq grands styles
On classe traditionnellement la calligraphie en cinq styles. Ils sont nés à des époques différentes, mais tous restent pratiqués.
- Le sigillaire, 篆書 zhuànshū : traits d’égale épaisseur, formes arrondies et symétriques. Peu lisible pour un lecteur d’aujourd’hui, il est resté l’écriture des sceaux.
- L’écriture des clercs, 隸書 lìshū : formes plus larges que hautes, horizontales appuyées qui s’évasent à leur extrémité. Elle a la solennité des stèles des Han.
- Le régulier, 楷書 kǎishū : chaque trait est distinct, attaqué et terminé avec netteté. C’est le style de l’apprentissage, celui des modèles d’écriture et, par descendance, des caractères d’imprimerie.
- Le courant, 行書 xíngshū : les traits s’enchaînent, certains se fondent, mais le caractère reste lisible. C’est l’écriture des lettres, des notes et de nombreux chefs-d’œuvre.
- Le cursif, 草書 cǎoshū : des caractères abrégés, parfois réduits à quelques boucles, enchaînés d’un même élan. Sous les Tang, Zhang Xu et le moine Huaisu en ont tiré une cursive d’une liberté extrême, que l’on dit « folle ».
Le régulier n’est donc pas le plus ancien, mais il est la base : on apprend d’abord à poser les traits un à un, dans le bon ordre, avant de les lier. Notre guide sur l’ordre des traits explique cette grammaire du geste.
Les quatre trésors du lettré
Le cabinet du lettré réunit quatre instruments que l’on appelle les « quatre trésors » (wénfáng sìbǎo).
- Le pinceau, 筆 bǐ : une touffe de poils, de chèvre, de belette ou mêlés, montée sur un manche de bambou. Sa pointe souple permet, d’un même geste, un trait fin puis large.
- L’encre, 墨 mò : un bâton de suie liée de colle, que l’on broie avec un peu d’eau. Plus on broie, plus l’encre est dense et profonde.
- Le papier, 紙 zhǐ : le plus estimé est le papier dit xuan, de la province de l’Anhui, très absorbant, qui garde la trace de la moindre hésitation. On écrit aussi sur soie.
- La pierre à encre, 硯 yàn : une pierre plate creusée d’un petit réservoir, sur laquelle on broie le bâton. Les pierres de Duan, dans le Guangdong, sont parmi les plus réputées.
Préparer l’encre est déjà un temps de concentration avant d’écrire. Rien ne se retouche ensuite : un trait posé sur un papier absorbant est définitif. C’est ce qui donne à une calligraphie sa vérité, et ce qui rend le moindre repentir visible.
Les grands noms
Wang Xizhi et la Préface du pavillon des Orchidées
Wang Xizhi, qui vécut au IVe siècle sous les Jin orientaux, est vénéré comme le « saint de la calligraphie ». Son œuvre la plus célèbre est la Préface du pavillon des Orchidées. En 353, à l’occasion de la fête de purification du troisième jour du troisième mois, il réunit des amis lettrés au pavillon des Orchidées, près de l’actuelle Shaoxing. Selon le récit traditionnel, des coupes de vin flottaient sur un ruisseau et chacun composait des poèmes ; Wang Xizhi écrivit, en style courant, la préface du recueil.
Le texte s’ouvre sur le nom de l’ère alors en cours, Yonghe, 永和 : son premier caractère est 永, celui de l’éternité, qui sert aussi de premier exercice aux apprentis calligraphes. L’original est perdu ; la tradition veut que l’empereur Taizong des Tang, grand admirateur de Wang Xizhi, l’ait fait placer dans sa tombe. Nous ne le connaissons que par des copies et des gravures faites sous les Tang, devenues elles-mêmes des trésors.
Yan Zhenqing
Yan Zhenqing (709-785), haut fonctionnaire des Tang, donne au style régulier une forme nouvelle : des caractères larges, charpentés, aux verticales puissantes, d’une gravité qui a valeur de modèle moral autant qu’esthétique. Il est aussi l’auteur d’un brouillon bouleversant en style courant, écrit en 758 à la mort de son neveu, avec ses ratures et ses reprises. On le place souvent juste après la Préface de Wang Xizhi parmi les chefs-d’œuvre de l’écriture courante. Il est conservé au musée national du Palais, à Taipei.
Et après eux
Avec Yan Zhenqing, Ouyang Xun et Liu Gongquan sous les Tang, puis Zhao Mengfu sous les Yuan, sont souvent cités comme les quatre grands maîtres du style régulier. Sous les Song, le poète Su Shi compte parmi les grands calligraphes de son temps. C’est à lui que l’on doit, à propos de l’art d’écrire, l’image des nuages qui passent et de l’eau qui coule, 行雲流水 : un style qui avance sans contrainte et s’arrête quand il le faut, devenu une expression pour dire le naturel.
Comment regarder une calligraphie
Inutile de savoir lire le chinois pour apprécier une calligraphie, mais quelques repères aident à voir.
- Le sens de lecture. Un texte en colonnes se lit de haut en bas, et les colonnes de droite à gauche. Le regard commence donc en haut à droite.
- Le mouvement. Chaque trait a un début appuyé et une fin, effilée ou arrêtée. Suivre le trait dans le sens où il a été tracé, c’est retrouver le geste de la main.
- L’encre. Une encre chargée donne un noir profond ; quand le pinceau s’épuise, ses poils se séparent et laissent voir le papier. C’est le « blanc volant », 飛白 fēibái, signe de vitesse et d’élan.
- Le vide. L’espace entre les traits, entre les caractères et autour du texte fait partie de la composition. Un caractère bien construit respire.
- Les sceaux. Les cachets rouges disent qui a écrit, parfois qui a possédé l’œuvre, et apportent un contrepoint de couleur. Notre guide du sceau chinois explique comment les lire.
Pour voir des œuvres originales en France, le musée Guimet (nouvel onglet), à Paris, conserve des peintures et des calligraphies chinoises.
Nos œuvres et la calligraphie
Nos tableaux ne sont pas des calligraphies au sens strict : ce sont des dessins calculés par des programmes écrits pour l’atelier, puis imprimés à la demande. Leur tracé suit le style régulier, celui des modèles d’écriture, et la graphie traditionnelle, celle de la calligraphie classique, de Taïwan et de Hong Kong ; le guide traditionnel ou simplifié explique ce choix. Le rendu imite le pinceau : bord d’encre légèrement irrégulier, « blanc volant » en fin de trait.
Le style Encre montre le caractère seul, grand, sur papier de riz, avec le sceau rouge 吉祥, « bon augure », qui est un vœu et non une signature. Le style Rouleau dispose une expression en colonne sur un panneau monté dans une soie unie, à la manière d’un rouleau vertical. Le style Montagnes et lune associe l’expression à un paysage à l’encre en plans dégradés, dans l’esprit des peintures de lettrés.
Pour aller plus loin
- Calligraphie chinoise (nouvel onglet), sur Wikipédia.
- Wang Xizhi (nouvel onglet), sur Wikipédia.
Questions fréquentes
Comment dit-on calligraphie en chinois ?
書法, shūfǎ, littéralement « la méthode de l’écriture ».
Quels sont les cinq styles de la calligraphie chinoise ?
Le sigillaire (zhuànshū), l’écriture des clercs (lìshū), le régulier (kǎishū), le courant (xíngshū) et le cursif (cǎoshū).
Quel est le calligraphe chinois le plus célèbre ?
Wang Xizhi, qui vécut au IVe siècle, est vénéré comme le « saint de la calligraphie ». Sa Préface du pavillon des Orchidées, écrite en 353, n’est connue que par des copies.
Quels sont les quatre trésors du lettré ?
Le pinceau, l’encre en bâton, le papier et la pierre à encre sur laquelle on broie le bâton.
Dans quel sens se lit une calligraphie chinoise ?
Traditionnellement, de haut en bas, en commençant par la colonne de droite.






