L'écriture chinoise · mis à jour le
L’ordre des traits en chinois : les règles, les huit traits de 永 et des exemples
Un caractère chinois ne se dessine pas : il s’écrit, trait après trait, dans un ordre appris à l’école et qui ne doit rien au hasard. Cet ordre donne au caractère ses proportions, à la main sa fluidité, et à l’écriture rapide sa lisibilité. Voici les règles qui le gouvernent, les huit gestes de base réunis dans le caractère 永, et des exemples tirés de nos œuvres.
En bref
- Les règles principales : de haut en bas, de gauche à droite, l’horizontal avant le vertical qui le croise, le jeté vers la gauche avant l’appuyé vers la droite, l’extérieur avant l’intérieur, la fermeture en dernier.
- Le caractère 永, « éternité », réunit en 5 traits les huit gestes de base du pinceau : c’est l’exercice traditionnel des débutants.
- Chine continentale et Taïwan ont chacune leur norme ; elles diffèrent sur quelques caractères et sur certains comptes de traits.
- Nos tracés et nos nombres de traits suivent la norme de Chine continentale, même pour les caractères en graphie traditionnelle, à deux exceptions près : 夢 et 萬, tracés comme à Taïwan.
Pourquoi un ordre des traits ?
Chaque caractère chinois se compose d’un nombre fixe de traits, et ces traits s’écrivent dans un ordre fixe. Un trait, c’est tout ce que le pinceau ou le stylo trace sans quitter le papier : un simple point compte pour un trait, et une ligne qui tourne à angle droit puis finit en crochet aussi.
Cet ordre n’est pas une coquetterie d’école. Il a plusieurs raisons d’être.
- Les proportions. En posant d’abord la charpente, puis les détails, on place chaque élément à sa juste hauteur et à sa juste largeur.
- La fluidité. Dans le bon ordre, la fin d’un trait mène naturellement au début du suivant. La main ne revient pas sans cesse en arrière.
- L’écriture rapide. Les styles courant et cursif enchaînent les traits sans lever le pinceau. On ne reconnaît un caractère abrégé que si l’on sait dans quel ordre il a été tracé.
- Le classement. Les dictionnaires rangent les caractères par clé, puis par nombre de traits. Savoir compter les traits, c’est savoir chercher un mot.
Les huit traits de base, réunis dans 永
Une méthode ancienne, connue sous le nom des « huit principes du caractère 永 », résume l’art du pinceau en un seul caractère : 永, l’éternité. La tradition l’attache le plus souvent au nom de Wang Xizhi, le grand calligraphe du IVe siècle ; d’autres sources la font remonter à Cui Yuan, sous les Han, ou la prêtent au moine Zhiyong, son descendant, ou à Zhang Xu. L’attribution reste incertaine, mais l’exercice a traversé les siècles. En traçant 永, l’élève exécute les huit gestes dont tous les autres caractères sont faits. Chacun porte un nom imagé :
- cè, « incliné » : le point, posé en haut, d’un coup de pinceau qui s’appuie puis se retire ;
- lè, « la bride » : le trait horizontal, retenu comme on tient un cheval ;
- nǔ, « l’effort » : le trait vertical, tendu de haut en bas ;
- tì, « le saut » : le crochet qui remonte, d’un coup sec, au bas du vertical ;
- cè, « la cravache » : le trait montant, lancé vers la droite ;
- lüè, « effleurer » : le long trait jeté vers la gauche, qui s’affine en s’éloignant ;
- zhuó, « le coup de bec » : le trait court et vif, jeté vers la gauche ;
- zhé : le trait appuyé vers la droite, qui s’élargit avant de s’effiler.
Huit gestes pour cinq traits seulement : c’est que plusieurs gestes s’enchaînent sans lever le pinceau. 永 s’écrit ainsi : le point du haut ; un horizontal qui tourne vers le bas et finit en crochet ; un petit horizontal qui repart en jeté vers la gauche ; un jeté vers la gauche ; enfin l’appuyé vers la droite.
Les manuels d’aujourd’hui partent plutôt de quelques traits élémentaires : l’horizontal (héng), le vertical (shù), le jeté vers la gauche (piě), l’appuyé vers la droite (nà), le point (diǎn) et le trait montant (tí). Ils se combinent avec des angles (zhé) et des crochets (gōu) pour former tous les autres.
Les règles de l’ordre des traits
Ces règles valent pour l’immense majorité des caractères. Quand elles semblent se contredire, l’usage tranche, et c’est lui qu’enseignent les manuels.
1. De haut en bas
Dans 三, trois, les trois horizontaux s’écrivent du haut vers le bas. La règle vaut aussi pour les composants : dans 愛, l’amour, on écrit d’abord la partie supérieure, puis le cœur 心, puis le bas.
2. De gauche à droite
Les trois traits de 川, la rivière, se tracent de gauche à droite. Dans 明, la clarté, on écrit d’abord 日 à gauche, puis 月 à droite.
3. L’horizontal avant le vertical qui le croise
Dans la clé 十, on trace l’horizontal, puis le vertical. Même chose au début de la clé de l’arbre 木 : horizontal, vertical, puis les deux traits obliques.
4. Le jeté vers la gauche avant l’appuyé vers la droite
Dans 人, l’homme, le trait qui descend vers la gauche précède celui qui descend vers la droite. 大, grand, et 天, le ciel, suivent la même règle après leurs horizontaux.
5. L’extérieur avant l’intérieur, et l’on ferme en dernier
Pour 日, le soleil, on trace le côté gauche, puis le haut et le côté droit d’un seul geste, puis l’horizontal intérieur, et l’on ferme la case par le bas. Dans 圓, le rond, le cadre est commencé, on écrit tout l’intérieur, et le trait du bas vient en tout dernier.
6. Le centre avant les côtés, dans les caractères symétriques
Dans 山, la montagne, le trait vertical du milieu vient d’abord, puis le côté gauche, qui tourne en bas, puis le côté droit. 水, l’eau, commence de même par son vertical à crochet central. 火, le feu, fait exception : ses deux petits traits du haut précèdent le grand jeté central.
7. Le trait qui traverse tout le caractère se trace à la fin
Dans 事, l’affaire, le long vertical à crochet qui transperce le caractère est le dernier. Dans 子, l’enfant, l’horizontal qui le barre vient après le crochet.
8. Les points isolés et les enveloppes du bas en dernier
Le petit point en haut à droite de 我, « je », se pose en dernier. Quand une enveloppe court sous le caractère et le long de son côté gauche, comme la clé de la marche dans 道, la Voie, ou 遠, le lointain, on écrit d’abord ce qu’elle porte, puis l’enveloppe.
Quelques exemples de notre catalogue
- 心, le cœur (4 traits) : un point à gauche, un long crochet couché, puis deux points au-dessus. Voir la page 心.
- 愛, l’amour (13 traits) : de haut en bas, les quatre petits traits du sommet, le « couvercle », le cœur 心, enfin le bas du caractère. Voir la page 愛.
- 福, le bonheur (13 traits) : la clé de gauche en quatre traits, puis la partie droite de haut en bas. Voir la page 福.
- 花, la fleur (7 traits) : la clé de l’herbe 艹, en trois traits, puis le bas.
- 道, la Voie (12 traits) : toute la partie droite d’abord, l’enveloppe de la marche ensuite.
Chine continentale et Taïwan : deux normes qui coexistent
L’ordre des traits et leur compte ont été fixés par des normes officielles, différentes d’un pays à l’autre. Chine continentale et Taïwan s’accordent sur l’essentiel, mais pas sur tout. L’exemple le plus visible est la clé de l’herbe 艹 : elle compte 3 traits selon la norme continentale, 4 selon celle de Taïwan. Le caractère 花, la fleur, a donc 7 traits dans un dictionnaire de Pékin et 8 dans un dictionnaire de Taipei. Pour quelques autres caractères, c’est l’ordre lui-même qui diffère.
Ces deux usages sont aussi légitimes l’un que l’autre. Nos planches suivent la norme de Chine continentale pour l’ordre et le nombre des traits, y compris pour les caractères écrits en graphie traditionnelle. Deux exceptions : 夢 et 萬, dont le haut est tracé en quatre traits, comme à Taïwan (14 et 13 traits, contre 13 et 12 sur le continent). Si vous apprenez avec un manuel de Taïwan, vous rencontrerez donc ici et là un compte ou un ordre légèrement différent : ce n’est pas une erreur, c’est l’autre norme.
S’exercer, et accrocher la leçon au mur
Les écoliers chinois s’exercent sur une grille, le 米字格 mǐzìgé : un carré traversé de ses médianes et de ses diagonales en pointillés, qui aide à placer chaque trait. On regarde le modèle, on compte les traits, on les trace un par un, sans repasser.
Notre style Ordre des traits reprend la planche d’écolier : le caractère en grand dans sa case, puis sa construction trait après trait, le nouveau trait en rouge à chaque étape. Le style Traits donne à chaque trait sa couleur, en aplat, sur cette même grille. Ce sont des dessins calculés par des programmes écrits pour l’atelier, imprimés à la demande. Pour situer cette discipline dans son histoire, lisez notre guide de la calligraphie chinoise.
Pour aller plus loin
- Stroke order (nouvel onglet), sur Wikipédia (en anglais).
- Eight Principles of Yong (nouvel onglet), sur Wikipédia (en anglais).
Questions fréquentes
Quelle est la règle principale de l’ordre des traits ?
De haut en bas et de gauche à droite. S’y ajoutent l’horizontal avant le vertical qui le croise, le jeté vers la gauche avant l’appuyé vers la droite, et l’extérieur avant l’intérieur, la case se fermant en dernier.
Pourquoi commence-t-on par le caractère 永 ?
Parce qu’en 5 traits il rassemble les huit gestes de base du pinceau : c’est la méthode des « huit principes du caractère 永 ».
Pourquoi le nombre de traits d’un caractère varie-t-il d’un dictionnaire à l’autre ?
Parce que Chine continentale et Taïwan ont chacune leur norme. La clé de l’herbe 艹 compte 3 traits sur le continent et 4 à Taïwan : 花 a donc 7 ou 8 traits.
Quelle norme suivent les œuvres de Beau Caractère ?
Nos tracés et nos nombres de traits suivent la norme de Chine continentale, même pour les caractères écrits en graphie traditionnelle ; seuls 夢 et 萬 suivent celle de Taïwan.
L’ordre des traits est-il vraiment important ?
Oui : il donne au caractère ses proportions, rend l’écriture fluide et permet de lire les formes rapides, où les traits s’enchaînent.






