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L'écriture chinoise · mis à jour le

Tatouage ou tableau : comment éviter les contresens sur un caractère chinois

Un caractère chinois sur un mur, un objet ou la peau fait souvent sourire les lecteurs chinois, et pas toujours pour de bonnes raisons. Traduction approximative, caractère japonais pris pour chinois, dessin à l’envers, mot qui n’existe pas : les contresens sont fréquents et faciles à éviter. Voici les pièges les plus courants, et une méthode simple pour vérifier un caractère avant de l’adopter.

En bref

  • Un mot français a souvent plusieurs équivalents chinois : la traduction automatique choisit au hasard du contexte, et parfois un mot qui ne s’emploie jamais seul.
  • Un kanji japonais n’est pas toujours le caractère chinois : formes, sens et lecture peuvent différer.
  • Un caractère inversé, en miroir ou à qui il manque un trait n’est plus un caractère.
  • Les « alphabets chinois » qui donnent un caractère par lettre sont une invention : le chinois n’a pas d’alphabet.

Pourquoi les contresens sont si fréquents

Le caractère chinois a tout pour séduire : une forme graphique forte, un sens concentré en un seul signe, un parfum de sagesse ancienne. Mais pour qui ne lit pas le chinois, il est impossible de juger soi-même de ce qu’on choisit. On se fie à un site, à un traducteur automatique, à un catalogue de motifs ou au savoir supposé d’un vendeur. Et il suffit d’un maillon faible pour que le résultat dise autre chose que prévu, ou ne dise rien du tout.

Ce guide ne conseille ni ne déconseille un tatouage : c’est une décision personnelle. Il part d’une conviction simple, qui vaut aussi pour un tableau ou un objet : un caractère bien choisi et bien vérifié vaut toujours mieux qu’une traduction approximative.

Les pièges les plus courants

La traduction automatique mot à mot

Un mot français a rarement un seul équivalent chinois. Prenez « force » : 力, lì, désigne la force physique, l’énergie que l’on déploie ; le courage, la force d’âme, se dit plutôt 勇, yǒng ; et l’endurance, la force de tenir, 忍, rěn, qui veut dire « patience, endurance ». Selon le contexte de la phrase, un traducteur automatique choisira l’un ou l’autre, ou un mot de deux caractères qui n’a pas de sens isolé.

Même chose pour « paix » : 和, hé, dit l’harmonie, la concorde entre les êtres ; 安, ān, la tranquillité, la sécurité du foyer ; et l’expression 平安, píng ān, le vœu de paix et de sécurité que l’on adresse à ceux qui partent. Trois nuances, trois caractères, et aucun n’est faux : c’est l’intention qui décide.

Autre piège : beaucoup de mots chinois s’écrivent en deux caractères, et le premier, pris seul, peut avoir un tout autre sens. Un traducteur qui coupe un mot en deux livre un caractère orphelin.

Le kanji japonais n’est pas toujours le caractère chinois

Le japonais a emprunté ses kanji au chinois, mais il les a fait évoluer. Après la Seconde Guerre mondiale, le Japon a simplifié une partie de ses caractères à sa façon : la joie, 樂 en chinois traditionnel, 乐 en simplifié, a une troisième forme au Japon, différente des deux autres. Certains mots ont aussi changé de sens : le mot qui veut dire « lettre » en japonais désigne en chinois le papier toilette. Enfin, la lecture n’a rien à voir : un même caractère se prononce d’une façon en chinois, d’une autre en japonais.

Quand on cherche un « kanji amour », on tombe en général sur 愛, qui est bien le même en japonais et en chinois traditionnel ; mais en chinois simplifié, l’amour s’écrit 爱. Il faut donc savoir pour qui l’on écrit : un lecteur japonais, chinois de Taïwan ou chinois du continent.

Un caractère à l’envers ou en miroir

Un calque retourné, une image inversée par erreur sur un écran, un modèle tenu à l’envers : un caractère en miroir n’est plus un caractère. Contrairement à une lettre, il ne se « lit » pas dans les deux sens. Il en va de même d’un caractère auquel il manque un trait, ou qui en a un de trop : la différence peut changer le sens, ou transformer le caractère en dessin sans signification.

Certains caractères ne se distinguent que par un détail. 永, l’éternité, ne diffère de 水, l’eau, que par le petit point du haut et la forme du premier trait. 己, « soi-même », ressemble beaucoup à 巳, sixième branche terrestre, associée au Serpent : seule la hauteur du trait vertical de gauche, qui referme ou non le haut du caractère, les sépare. Une reproduction approximative suffit à passer de l’un à l’autre.

Le seul cas où un caractère se met volontairement à l’envers est un jeu de mots bien connu : le 福 renversé du Nouvel An, qui annonce l’arrivée du bonheur. Notre guide du Nouvel An chinois l’explique.

Des mots qui n’existent pas

On trouve en ligne des « alphabets chinois » qui associent un caractère à chaque lettre de l’alphabet latin, pour écrire un prénom lettre par lettre. C’est une invention : le chinois n’a pas d’alphabet. Un prénom étranger se transcrit par le son, syllabe par syllabe, avec des caractères choisis pour leur prononciation, selon des usages assez établis. Le résultat d’un faux alphabet est une suite de caractères sans rapport entre eux, illisible pour un lecteur chinois.

Plus subtil : juxtaposer deux caractères ne fait pas forcément un mot. « Amour » et « éternité » côte à côte ne forment pas une expression chinoise, pas plus que « amour éternité » n’est une phrase française. Les expressions de quatre caractères, si nombreuses en chinois, sont des formules fixées par l’usage ou la littérature : on ne les invente pas.

Le mélange des formes et des styles

Mélanger dans une même inscription des caractères traditionnels et des caractères simplifiés est une faute visible pour tout lecteur. Le guide traditionnel ou simplifié explique la différence. Autre écueil : les polices fantaisie « style chinois », qui déforment les traits, ou les écritures cursives choisies pour leur élégance, que même un lecteur chinois aura du mal à déchiffrer.

Enfin, le sens de lecture compte. Un mot de deux caractères écrit à l’horizontale se lit aujourd’hui, en général, de gauche à droite ; à la verticale, de haut en bas. Inverser l’ordre peut produire un autre mot, ou rien du tout.

Comment vérifier un caractère

Quelques étapes suffisent à écarter presque tous les risques.

  • Partir du sens, pas du mot français. Formulez ce que vous voulez dire, en une phrase, plutôt qu’un mot isolé : « le courage d’affronter », « la paix de l’esprit », « la force de tenir ».
  • Vérifier dans plusieurs sources sérieuses. Un dictionnaire bilingue reconnu, une encyclopédie, et, pour les citations, le texte original : le Chinese Text Project (nouvel onglet) donne les classiques chinois avec leurs traductions.
  • Contrôler le pinyin et le ton. Un même son peut correspondre à des dizaines de caractères : 永, l’éternité, et 勇, le courage, se prononcent tous deux yǒng.
  • Compter les traits. Comparez le dessin, trait par trait, avec un modèle imprimé en style régulier. Le nombre de traits doit correspondre.
  • Choisir une forme et s’y tenir. Traditionnel ou simplifié, mais pas les deux.
  • Faire relire par une personne qui lit le chinois, idéalement deux, en lui montrant le dessin définitif et non le mot tapé au clavier.
  • Vérifier l’orientation du modèle final, à la taille réelle, avant toute reproduction.

Écrire son prénom en chinois : pourquoi nous ne le faisons pas

C’est l’une des demandes les plus fréquentes : « mon prénom en chinois ». Elle repose sur un malentendu. Un prénom français n’a pas de traduction en chinois, puisqu’il ne veut rien dire dans cette langue ; on peut seulement le transcrire, c’est-à-dire l’approcher par le son, syllabe par syllabe, avec des caractères choisis pour leur prononciation. Aucun de ces caractères n’est un idéogramme qui traduirait une partie du prénom : chacun est retenu pour sa syllabe, et son sens vient en plus, qu’on le veuille ou non.

Plusieurs difficultés en découlent.

  • Le mandarin n’a pas les sons du français. Ses syllabes sont peu nombreuses et de forme fixe ; certains sons du français n’y existent pas, et comme une syllabe du mandarin ne peut se terminer que par -n ou -ng, la plupart des consonnes finales disparaissent ou deviennent des syllabes supplémentaires. Une transcription reste toujours une approximation.
  • Plusieurs versions coexistent. Pour une même syllabe, de nombreux caractères se prononcent de la même façon. Il existe des usages assez établis pour les noms étrangers, mais rien n’oblige à les suivre, et ils ne sont pas les mêmes en Chine continentale, à Taïwan et à Hong Kong. Deux traducteurs proposeront souvent deux transcriptions différentes, toutes deux défendables.
  • Le sens s’invite malgré tout. Chaque caractère garde le sien. Mal choisis, ils peuvent former une suite comique, triste ou de mauvais augure, ou évoquer un mot que personne ne voudrait voir sur un mur. Pour éviter ces écueils, il faut une personne qui lit le chinois, qui connaît les usages et qui sait pour qui l’on écrit ; et même alors, d’autres lecteurs auraient fait d’autres choix.

C’est pourquoi nous ne proposons pas de transcription de prénom, ni dans ce guide ni sur nos œuvres : nous ne pourrions pas en garantir le résultat comme nous garantissons le sens d’un caractère. Notre affiche du signe chinois fait autrement : le prénom y est écrit en lettres latines, tel que vous l’écrivez, à côté de l’animal de votre année et du nom de l’année du cycle en caractères, dont le sens, lui, est établi. Le guide de l’écriture chinoise explique pourquoi le chinois n’a pas d’alphabet.

Ce que donnent nos pages caractères

C’est la promesse de Beau Caractère : le vrai sens, bien écrit. Chaque page de notre rayon Caractères donne le sens et ses nuances, le pinyin avec son ton, la forme simplifiée quand elle diffère, le nombre de traits, et renvoie à la planche d’ordre des traits, qui montre le caractère construit trait après trait. Les citations sont toutes accompagnées de leur source précise.

La vérification vaut aussi pour les phrases. Beaucoup de « proverbes chinois » qui circulent en France n’ont pas de source, et certaines maximes célèbres sont mal attribuées. « Donne un poisson à un homme, il mangera un jour ; apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie » est souvent prêtée à Lao-tseu ou à Confucius : c’est un proverbe, qu’on ne trouve ni dans le Tao-tö-king ni dans les Entretiens. Une citation sans chapitre ni livre mérite toujours un doute.

Quelques exemples parmi les plus demandés : 愛, l’amour, 力, la force, 勇, le courage, 家, la famille et la maison. Nos œuvres sont des dessins calculés par des programmes écrits pour l’atelier, en style régulier et en graphie traditionnelle : le tracé de chaque caractère a été vérifié.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Comment être sûr de la signification d’un caractère chinois ?

Partez du sens voulu, vérifiez le caractère dans plusieurs sources sérieuses, contrôlez le pinyin et le nombre de traits, et faites relire le dessin définitif par une personne qui lit le chinois.

Un kanji japonais est-il identique au caractère chinois ?

Pas toujours. Beaucoup sont communs, mais le Japon a simplifié certains caractères à sa façon, certains mots ont changé de sens, et la prononciation est différente.

Existe-t-il un alphabet chinois pour écrire son prénom ?

Non. Le chinois n’a pas d’alphabet : un prénom étranger se transcrit par le son, syllabe par syllabe. Les tableaux « une lettre, un caractère » sont une invention.

Pouvez-vous traduire mon prénom en chinois ?

Non. Un prénom ne se traduit pas, il se transcrit par le son, et plusieurs versions coexistent, avec un risque de sens malheureux. Sur notre affiche du signe chinois, le prénom est écrit en lettres latines.

Comment écrit-on amour en chinois ?

愛 (ài) en caractères traditionnels, 爱 en caractères simplifiés. En japonais, le kanji de l’amour a la forme traditionnelle 愛.

Que veut dire force en chinois ?

Cela dépend de la force voulue : 力 (lì) pour la force physique, 勇 (yǒng) pour le courage, 忍 (rěn) pour l’endurance.

Des œuvres pour ce mur

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