L'écriture chinoise · mis à jour le
L’écriture chinoise : pourquoi il n’y a pas d’alphabet chinois
Le chinois s’écrit sans alphabet : chaque signe note une syllabe et, le plus souvent, un sens. Ce que l’on appelle « alphabet chinois » est en réalité le pinyin, une transcription en lettres latines adoptée en 1958. Voici comment l’écriture chinoise est construite, ce que sont vraiment les idéogrammes, à quoi servent les clés, combien de caractères il faut pour lire, et dans quel sens on les lit.
En bref
- Le chinois n’a pas d’alphabet : chaque caractère se lit en une syllabe et porte, le plus souvent, un sens.
- Le pinyin, adopté en Chine en 1958, transcrit la prononciation en lettres latines ; à Taïwan, les écoliers apprennent aussi le zhuyin, ou bopomofo.
- La plupart des caractères ne sont pas des idéogrammes au sens strict : ils associent un élément de sens, la clé, et un élément de son.
- Les dictionnaires classent les caractères sous 214 clés, celles du dictionnaire de Kangxi (1716) ; la liste officielle des caractères courants de 1988 en retient 3 500.
Un caractère, une syllabe, un sens
Le chinois ne s’écrit pas avec des lettres, mais avec des caractères, que les linguistes appellent aussi sinogrammes. Chacun se prononce en une seule syllabe et porte, le plus souvent, un sens : 山 se lit shān et veut dire « montagne », 水 se lit shuǐ et veut dire « eau ». Là où le français assemble des lettres qui notent des sons, le chinois pose un signe qui note à la fois un son et un sens.
Un mot chinois ne tient pas toujours en un seul caractère. Beaucoup de mots de la langue d’aujourd’hui en comptent deux : 平安, píng ān, « paix et sécurité », réunit 平, « plat, égal », et 安, « paix, tranquillité ». Un même caractère peut aussi avoir plusieurs lectures selon le sens : 樂 se lit lè quand il dit la joie, yuè quand il désigne la musique.
Ce système a une conséquence que tout apprenant découvre vite : le mandarin compte peu de syllabes différentes, à peine plus de quatre cents si l’on ne tient pas compte des tons, pour plusieurs milliers de caractères courants. Les tons, quatre plus un ton neutre, multiplient les combinaisons, mais beaucoup de caractères restent homophones. 永, l’éternité, et 勇, le courage, se prononcent tous deux yǒng, au même troisième ton. À l’oral, le contexte tranche ; à l’écrit, le caractère lève l’ambiguïté. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’écriture chinoise n’a jamais été remplacée par un alphabet.
Cette écriture a longtemps servi bien au-delà de la Chine : au Japon, en Corée et au Vietnam, les lettrés ont écrit pendant des siècles en caractères chinois. Le japonais les emploie toujours, sous le nom de kanji, avec ses propres formes et ses propres lectures.
Existe-t-il un alphabet chinois ?
Non. Le chinois n’a ni alphabet ni ordre alphabétique au sens où nous l’entendons. Ce que l’on appelle « alphabet chinois » désigne en réalité l’une de ces trois choses.
Le pinyin, une transcription en lettres latines
Le pinyin, pīnyīn, « assembler les sons », est un système de transcription : il note la prononciation des caractères en lettres latines. Il a été adopté en République populaire de Chine en 1958, puis retenu en 1982 par l’ISO comme norme internationale de romanisation du chinois. Les tons y sont marqués par des accents posés sur les voyelles : mā, má, mǎ, mà.
C’est le pinyin que l’on apprend en premier dans les cours de chinois, que l’on tape sur un clavier pour faire apparaître les caractères, et que nous donnons sur chaque page de notre catalogue. Mais il ne remplace pas les caractères : un texte chinois s’écrit en caractères, et le pinyin aide à les lire, à les apprendre, à les saisir sur un écran ou à écrire les noms chinois dans nos langues. Il côtoie en français d’anciennes transcriptions, encore très vivantes : on écrit Lao-tseu ou Laozi, Tao ou Dao, selon l’usage que l’on suit.
Le zhuyin, ou bopomofo, à Taïwan
À Taïwan, les écoliers apprennent à lire avec un autre système, le zhuyin, que l’on appelle familièrement bopomofo, d’après le nom de ses quatre premiers signes. Mis au point en Chine à partir de 1913 et promulgué en 1918, il compte trente-sept signes, tirés de fragments de caractères, et des marques de ton. On les voit imprimés en petit à côté des caractères dans les livres pour enfants, et beaucoup de Taïwanais s’en servent pour taper sur leur téléphone. Ce n’est pas un alphabet non plus : comme le pinyin, il note des sons, et le texte reste écrit en caractères. Pour transcrire en lettres latines les noms de lieux et de rues, Taïwan a adopté officiellement le hanyu pinyin en 2009, mais les anciennes graphies restent courantes, à commencer par le nom de la plupart des grandes villes.
Les faux alphabets « une lettre, un caractère »
Restent les tableaux qui circulent en ligne, où chaque lettre de A à Z reçoit un caractère « correspondant ». Ce sont des inventions : aucun lecteur chinois ne les reconnaît, et le prénom écrit de cette façon devient une suite de caractères sans rapport entre eux. Notre guide pour éviter les contresens revient sur ce piège.
Pictogrammes, idéogrammes, idéophonogrammes
On parle souvent d’« idéogrammes chinois », comme si chaque caractère dessinait une idée. Le mot est commode, mais il ne convient qu’à une partie des caractères. Vers l’an 100 de notre ère, le lexicographe Xu Shen, dans son dictionnaire Shuowen jiezi, classait déjà les caractères selon leur mode de formation. Quatre de ses catégories suffisent à comprendre l’essentiel.
Les pictogrammes : 山, 月, 水
Une petite partie des caractères vient de dessins. 山, la montagne, garde la silhouette de trois sommets, celui du centre plus haut que les autres. 月, la lune, était à l’origine un croissant. 水, l’eau, figure dans ses formes anciennes de l’eau qui coule : une ligne sinueuse au centre, encadrée de traits plus courts. Des siècles d’écriture au pinceau ont transformé ces dessins en traits droits et en angles : sans les formes anciennes sous les yeux, on ne reconnaît plus guère la lune dans 月. Ces pictogrammes sont peu nombreux, mais beaucoup d’entre eux sont devenus des clés.
Les indicatifs : 上 et 下
Quelques caractères désignent une idée par un signe abstrait. Xu Shen en donne lui-même pour exemples 上, « au-dessus », et 下, « en dessous » : un trait placé au-dessus ou au-dessous d’un repère. On retrouve 上 dans 上善若水, « le bien suprême est comme l’eau », et 下 dans 放下, « lâcher prise ».
Les agrégats : les idéogrammes au sens strict
D’autres caractères réunissent deux éléments dont les sens se complètent. Xu Shen range dans cette catégorie 信, la confiance, la sincérité : on y voit la clé de l’homme, 亻, à côté de la parole, 言 ; les spécialistes y voient plutôt aujourd’hui un idéophonogramme, où 人 donnait le son. 明, la clarté, est souvent expliqué de la même façon, par le soleil 日 à côté de la lune 月 ; prudence toutefois, car la forme principale que donne Xu Shen, 朙, associait la lune à 囧, une fenêtre éclairée ; il ne cite la forme à 日 que comme variante ancienne. Ce sont ces caractères qui méritent vraiment le nom d’idéogrammes.
Les idéophonogrammes : l’immense majorité
La plupart des caractères associent deux composants qui jouent des rôles différents : l’un indique le domaine du sens, l’autre la prononciation. On les appelle idéophonogrammes, ou caractères « sens et son ». 花, la fleur, en est un exemple parfait : en haut, la clé de l’herbe 艹 dit qu’il s’agit d’une plante ; en bas, 化, qui se lit huà, donne le son, et 花 se lit huā. De même, 猴, le singe, qui se lit hóu, associe la clé du chien 犭, employée pour beaucoup d’animaux, et 侯, qui se lit aussi hóu : c’est le caractère du Singe du zodiaque.
Le composant de son n’est pas toujours fiable, parce que la prononciation a changé au fil des siècles. 海, la mer, porte la clé de l’eau 氵 et le composant 每, qui se lit aujourd’hui měi, alors que 海 se lit hǎi. Selon les estimations courantes, ces caractères « sens et son » représentent plus de huit caractères sur dix, et c’était déjà le cas dans le dictionnaire de Xu Shen. L’écriture chinoise est donc moins une écriture d’idées qu’une écriture de mots, où le son tient une place essentielle.
Les clés
Comment chercher un mot dans un dictionnaire sans alphabet ? Par les clés, que l’on appelle aussi radicaux. La clé est le composant sous lequel un caractère est classé ; elle indique souvent, mais pas toujours, le domaine de son sens. Le système de référence est celui des 214 clés du Dictionnaire de Kangxi, publié en 1716 sur l’ordre de l’empereur du même nom, qui recense plus de 47 000 caractères. Ces 214 clés reprennent celles d’un dictionnaire de la fin des Ming, le Zihui, paru en 1615. Elles sont rangées par nombre de traits, de 一, « un », la première, à 龠, une flûte, la 214e.
Beaucoup de clés changent de forme quand elles se placent à gauche ou en haut d’un caractère. En voici quelques-unes parmi les plus courantes, avec leur numéro dans la liste de Kangxi :
| Clé | Forme réduite | Sens | Numéro | Exemples |
|---|---|---|---|---|
| 人 | 亻 | l’homme | 9 | 信, la confiance |
| 宀 | — | le toit | 40 | 家, la maison ; 安, la paix |
| 心 | 忄 | le cœur | 61 | 愛, l’amour ; 悟, l’éveil |
| 水 | 氵 | l’eau | 85 | 海, la mer |
| 犬 | 犭 | le chien | 94 | 狗, le chien ; 猴, le singe |
| 糸 | 糹 | la soie | 120 | 緣, le lien du destin |
| 艸 | 艹 | l’herbe | 140 | 花, la fleur |
| 辵 | 辶 | la marche | 162 | 道, la Voie ; 遠, le lointain |
| 雨 | — | la pluie | 173 | 雲, le nuage |
On le voit avec 家, la maison et la famille, 愛, l’amour ou 道, la Voie : la clé n’est pas toujours le composant le plus visible, et elle n’est pas une étymologie. Elle sert d’abord au classement. 和, l’harmonie, est ainsi rangé sous la clé de la bouche, 口, qui n’éclaire guère son sens d’aujourd’hui. Les dictionnaires de Chine continentale, qui classent aussi les formes simplifiées, emploient d’ailleurs une liste de clés un peu différente.
Combien de caractères pour lire ?
Il n’existe pas de chiffre unique, et il faut se méfier des nombres ronds. Quelques repères sûrs :
- Le dictionnaire de Kangxi recense plus de 47 000 caractères. Beaucoup sont des variantes graphiques ou des caractères rares, que presque personne n’emploie ; les plus grands dictionnaires modernes, qui comptent toutes les variantes, en recensent davantage encore.
- La liste officielle des caractères courants, publiée en Chine continentale en 1988, en retient 3 500 : 2 500 caractères courants et 1 000 moins courants. Selon les mesures publiées avec cette liste, les 2 500 premiers représentaient près de 98 % des caractères d’un vaste ensemble de textes contemporains, et les 3 500 environ 99,5 %.
- La table officielle de 2013 des caractères d’usage général, qui l’a remplacée, en compte 8 105, dont les 3 500 de l’usage courant.
Ces pourcentages ne disent pas qu’on comprend 98 % d’un texte avec 2 500 caractères : connaître chaque caractère ne suffit pas à connaître les mots qu’ils forment ensemble, ni les noms propres, ni les tournures littéraires. Ils montrent seulement que quelques milliers de caractères suffisent à la lecture courante, et que l’écart entre ce qu’un lecteur emploie et ce que contient un grand dictionnaire est immense.
Le sens de lecture
Pendant plus de deux mille ans, le chinois s’est écrit en colonnes, de haut en bas, les colonnes se succédant de droite à gauche. C’est encore ainsi que se lisent les calligraphies sur rouleau, les inscriptions des peintures et les sceaux : le regard commence en haut à droite. Notre style Rouleau respecte cette lecture, et le guide du sceau chinois explique comment déchiffrer un cachet.
Aujourd’hui, l’usage courant est l’écriture en lignes, de gauche à droite, comme en français. La Chine continentale l’a généralisée dans les années 1950 : le Quotidien du peuple est passé à la mise en page horizontale le 1er janvier 1956. À Taïwan et à Hong Kong, les deux usages coexistent : l’écriture en colonnes reste courante dans une partie des livres, surtout littéraires, et dans les journaux, souvent mêlée aux lignes, tandis que les documents administratifs, les écrans et les manuels scientifiques s’écrivent en lignes ; à Taïwan, les documents officiels sont rédigés en lignes depuis le 1er janvier 2005.
Un piège guette le visiteur : sur les enseignes et les panneaux anciens écrits à l’horizontale, on lit souvent les caractères de droite à gauche. Il ne s’agit pas d’un sens de lecture différent, mais de colonnes d’un seul caractère, qui se succèdent dans l’ordre traditionnel.
Traditionnel ou simplifié
Le même mot peut s’écrire de deux façons : 愛 ou 爱 pour l’amour, 龍 ou 龙 pour le dragon. Les caractères simplifiés sont issus d’une réforme menée en Chine continentale dans les années 1950 et 1960 ; Taïwan, Hong Kong et Macao ont gardé les caractères traditionnels. Ce n’est pas une différence de langue : le sens et la prononciation ne changent pas. Beaucoup de caractères, comme 山, 水 ou 月, n’ont d’ailleurs pas été touchés.
Nos œuvres sont écrites en graphie traditionnelle, celle de la calligraphie classique, et chaque page donne la forme simplifiée quand elle diffère. Le guide traditionnel ou simplifié explique la réforme, ses procédés et nos raisons.
Les traits et leur ordre
Un caractère se compose d’un nombre fixe de traits, qui s’écrivent dans un ordre fixe : de haut en bas, de gauche à droite, l’horizontal avant le vertical qui le croise, l’extérieur avant l’intérieur. 山 s’écrit en 3 traits, 水 et 月 en 4, 花 en 7. Cet ordre donne au caractère ses proportions, rend l’écriture fluide, et sert aussi au classement : dans un dictionnaire, les caractères d’une même clé sont rangés par nombre de traits. Les écoliers l’apprennent avec 永, l’éternité, qui réunit en 5 traits les huit gestes de base du pinceau.
Le guide de l’ordre des traits détaille ces règles et les différences de norme entre Chine continentale et Taïwan. Notre style Ordre des traits les montre en image : le caractère construit trait après trait, le nouveau trait en rouge, sur la grille d’écolier. Ce sont des dessins calculés par des programmes écrits pour l’atelier, en style régulier, imprimés à la demande, dont le rendu imite le pinceau.
Pour voir ces principes à l’œuvre, caractère par caractère, avec le sens, le pinyin et le tracé de chacun, parcourez notre rayon Caractères, en commençant par les pictogrammes 山, 月 et 水, ou par 花, l’idéophonogramme le plus parlant.
Pour aller plus loin
- Sinogramme (nouvel onglet), sur Wikipédia.
- Hanyu pinyin (nouvel onglet), sur Wikipédia.
- Clé (sinogramme) (nouvel onglet)), sur Wikipédia.
- Shuowen jiezi (nouvel onglet), le dictionnaire de Xu Shen, sur Wikipédia.
Questions fréquentes
Combien de lettres compte l’alphabet chinois ?
Aucune : le chinois n’a pas d’alphabet, il s’écrit en caractères. Le pinyin, qui transcrit la prononciation, se sert des lettres latines, avec le ü et des accents pour les tons ; le zhuyin de Taïwan compte trente-sept signes. Ni l’un ni l’autre ne remplace les caractères.
Comment écrire mon prénom en chinois ?
Un prénom français se transcrit par le son, syllabe par syllabe, avec des caractères choisis pour leur prononciation. Plusieurs versions coexistent pour un même prénom, et le choix des caractères demande une personne qui lit le chinois. Nous ne faisons pas ces transcriptions : sur notre affiche du signe chinois, le prénom est écrit en lettres latines.
Les caractères chinois sont-ils des idéogrammes ?
Une partie seulement. Quelques-uns viennent de dessins (山, 月, 水) ou réunissent deux sens (信) ; mais la grande majorité associe un élément de sens, la clé, et un élément de son, comme 花, la fleur, où 化 donne la prononciation.
Combien y a-t-il de caractères chinois ?
Le dictionnaire de Kangxi (1716) en recense plus de 47 000, dont beaucoup de variantes rares. La liste officielle des caractères courants de 1988 en retient 3 500, qui couvrent l’essentiel des textes d’aujourd’hui.
Le chinois se lit-il de droite à gauche ?
Traditionnellement, il s’écrit en colonnes de haut en bas, les colonnes se lisant de droite à gauche, comme sur les rouleaux. Aujourd’hui, il s’écrit le plus souvent en lignes, de gauche à droite.
Qu’est-ce qu’une clé en chinois ?
Le composant sous lequel un caractère est classé dans le dictionnaire, souvent lié à son sens : 氵 pour l’eau, 艹 pour les plantes, 忄 pour le cœur. Le système de référence compte 214 clés, celles du dictionnaire de Kangxi.






