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La sagesse chinoise · mis à jour le

Lao-tseu et le Tao-tö-king : ce que l’on sait, le livre et ses citations

Lao-tseu est l’un des penseurs chinois les plus cités en France, et l’un de ceux dont on sait le moins. Le petit livre qu’on lui attribue, le Tao-tö-king, tient en quelques milliers de caractères et n’a jamais cessé d’être lu, commenté et traduit. Voici ce que l’on sait vraiment de Laozi, comment le livre est construit, ses notions clés, et les citations de notre catalogue, chacune avec son chapitre.

En bref

  • Laozi, « le Vieux Maître », est connu par une courte biographie de l’historien Sima Qian, écrite vers 100 avant notre ère, qui reconnaît lui-même ses incertitudes.
  • Le Tao-tö-king (道德經, Dàodéjīng) compte 81 courts chapitres répartis en deux parties : la Voie (chapitres 1 à 37) et la Vertu (38 à 81).
  • Ses notions clés sont 道, la Voie, 德, la vertu ou l’efficace, et 無為, le non-agir.
  • « Un voyage de mille lieues commence par un pas » vient bien du chapitre 64 ; « Donne un poisson… » n’est pas de lui, c’est un proverbe.

Ce que l’on sait de Laozi

Le récit de Sima Qian

Presque tout ce que l’on raconte de Laozi vient d’une seule source : la courte notice que lui consacre le grand historien Sima Qian dans ses Mémoires historiques, rédigés vers 100 avant notre ère, plusieurs siècles après les faits. Selon lui, Laozi, de son nom Li Er, était originaire du pays de Chu et occupait la charge d’archiviste à la cour des Zhou. Confucius serait venu le consulter sur les rites.

Voyant le déclin des Zhou, Laozi serait parti vers l’ouest. Au poste-frontière, le gardien de la passe l’aurait prié de laisser un écrit avant de disparaître. Laozi aurait alors composé un livre en deux parties, d’environ cinq mille caractères, sur la Voie et la Vertu, puis serait parti, et « nul ne sait où il finit ».

Ce que l’on ne sait pas

Sima Qian lui-même n’est pas sûr de son fait : dans la même notice, il évoque d’autres personnages que l’on identifiait à Laozi, et note que les avis divergent. Son nom même est un titre plutôt qu’un nom : Laozi signifie « le Vieux Maître ». La tradition le fait vivre au VIe siècle avant notre ère, en contemporain un peu plus âgé de Confucius, mais on ne possède aucune date assurée.

La plupart des historiens d’aujourd’hui pensent que le livre n’est pas l’œuvre d’un seul auteur écrivant d’un trait, mais un recueil formé progressivement, à l’époque des Royaumes combattants. Les découvertes archéologiques l’ont confirmé de façon spectaculaire. En 1973, on a retrouvé dans une tombe de Mawangdui, fermée en 168 avant notre ère, deux copies sur soie du texte, où la partie sur la Vertu précède celle sur la Voie. En 1993, une tombe de Guodian a livré des lamelles de bambou portant une partie seulement des chapitres, sous une forme plus ancienne encore.

La légende, elle, a continué de grandir. Au fil des siècles, le taoïsme religieux a fait de Laozi une divinité, et de nombreux récits lui ont prêté une naissance merveilleuse ou des voyages lointains. Il faut distinguer ces traditions, respectables en elles-mêmes, de ce que l’histoire permet d’établir : un livre, très ancien, et un nom.

Le Tao-tö-king, un livre en deux parties

Le titre 道德經, Dàodéjīng, que l’on transcrit en français Tao-tö-king ou Tao te king, signifie « le Livre de la Voie et de la Vertu ». Il ne s’est imposé que plus tard ; dans l’Antiquité, on appelait souvent le livre, tout simplement, le Laozi.

Le texte reçu compte 81 chapitres, très courts, souvent rythmés et rimés en chinois. Ils se répartissent en deux parties :

  • le Livre de la Voie, chapitres 1 à 37, qui s’ouvre sur la célèbre phrase : « La voie qui peut être dite n’est pas la Voie constante » ;
  • le Livre de la Vertu, chapitres 38 à 81.

Le texte que l’on lit aujourd’hui suit pour l’essentiel l’édition commentée par Wang Bi, un jeune lettré du IIIe siècle de notre ère ; le découpage en 81 chapitres est rattaché, lui, au commentaire attribué à Heshang Gong. En France, la première traduction complète est celle de Stanislas Julien, parue en 1842 sous le titre Le Livre de la voie et de la vertu. Depuis, les traductions se sont multipliées, et elles diffèrent parfois beaucoup : le texte est si dense que chaque traducteur doit trancher.

Trois notions clés

道, la Voie

道, dào, c’est d’abord le chemin, puis la méthode, la manière de faire. Chez Laozi, le mot désigne le cours même des choses, l’ordre spontané d’où tout naît et où tout retourne, que l’on ne peut ni nommer ni saisir tout à fait. D’où la phrase d’ouverture : dès qu’on prétend la dire, on la manque.

Le chapitre 25 en donne une formule restée célèbre : « L’homme suit la terre, la terre suit le ciel, le ciel suit la Voie, et la Voie suit ce qui est de soi-même », 道法自然.

德, la vertu

德, dé, ne désigne pas la vertu morale au sens où nous l’entendons. C’est la puissance propre d’un être, son efficace, ce que la Voie accomplit en lui. On le traduit par « vertu », comme on parle de la vertu d’une plante.

無為, le non-agir

無為, wú wéi, le « non-agir », est la notion la plus souvent mal comprise. Il ne s’agit pas de paresse ni de passivité, mais d’agir sans forcer, sans s’imposer, en épousant le cours des choses. La formule revient plusieurs fois dans le livre, notamment aux chapitres 37 et 48 : 無為而無不為, ne pas agir, et pourtant rien ne reste non fait.

L’image préférée de Laozi pour le dire est l’eau, souple et faible en apparence, qui finit par venir à bout de ce qui est dur.

Citations de Lao-tseu : les vraies, avec leur chapitre

Une vraie citation de Lao-tseu se retrouve dans l’un des 81 chapitres du Tao-tö-king. Voici celles de notre catalogue, puis d’autres phrases célèbres, chacune avec son chapitre et son texte chinois, tel que le donne le Chinese Text Project (nouvel onglet). Les traductions sont les nôtres, aussi proches que possible du texte : d’autres traducteurs tranchent autrement.

Celles de notre catalogue

CitationTraductionSource
上善若水Le bien suprême est comme l’eauchapitre 8
道法自然La Voie suit ce qui est de soi-mêmechapitre 25
知人者智,自知者明Qui connaît les autres est avisé ; qui se connaît soi-même est éclairéchapitre 33
知足者富Qui sait se contenter est richechapitre 33
大器晚成Les grands talents mûrissent tardchapitre 41
千里之行,始於足下Un voyage de mille lieues commence par un paschapitre 64

上善若水, chapitre 8. Le bien suprême est comme l’eau, parce que l’eau profite à tout sans rien disputer, et qu’elle se tient dans les lieux bas que tous dédaignent. C’est pourquoi, dit le texte, elle est proche de la Voie.

知人者智,自知者明, chapitre 33. Le chapitre oppose deux savoirs : connaître les autres est affaire d’habileté, se connaître soi-même est affaire de clarté. Il poursuit dans le même balancement : vaincre les autres demande de la force, se vaincre soi-même demande de la puissance ; et c’est dans ce même chapitre que l’on lit 知足者富, « qui sait se contenter est riche ».

大器晚成, chapitre 41. La phrase prend place dans une suite de paradoxes : le grand carré n’a pas d’angles, le grand vase s’achève tard, la grande musique a peu de son. La traduction « les grands talents mûrissent tard » est devenue proverbiale ; littéralement, c’est « le grand vase s’achève tard ».

千里之行,始於足下, chapitre 64. Littéralement : « une marche de mille li commence sous le pied ». Le chapitre l’entoure de deux images : l’arbre qu’on ne peut embrasser est né d’une pousse minuscule, la tour de neuf étages part d’un tas de terre. Tout ce qui est grand commence petit.

D’autres phrases célèbres, toutes authentiques

ChapitreTexte chinoisTraduction
1道可道,非常道。La voie qui peut être dite n’est pas la Voie constante.
33勝人者有力,自勝者強。Qui vainc les autres a de la force ; qui se vainc soi-même est fort.
44知足不辱,知止不殆,可以長久。Qui sait se contenter ne connaît pas la honte ; qui sait s’arrêter ne court pas de danger : il peut durer longtemps.
56知者不言,言者不知。Celui qui sait ne parle pas ; celui qui parle ne sait pas.
63天下難事,必作於易,天下大事,必作於細。Les choses difficiles du monde commencent par ce qui est facile ; les grandes choses du monde commencent par ce qui est menu.
71知不知上Savoir que l’on ne sait pas, voilà ce qui est le plus haut.
76人之生也柔弱,其死也堅強。L’homme, à sa naissance, est souple et faible ; à sa mort, il est dur et raide.
78天下莫柔弱於水,而攻堅強者莫之能勝。Rien au monde n’est plus souple ni plus faible que l’eau ; mais pour attaquer ce qui est dur et fort, rien ne la surpasse.
81信言不美,美言不信。Les paroles sincères ne sont pas belles ; les belles paroles ne sont pas sincères.

Deux remarques. Au chapitre 71, les trois caractères 知不知上 se laissent lire de deux façons : « savoir que l’on ne sait pas est le plus haut », ou « savoir, tout en tenant cela pour ne pas savoir, est le plus haut » ; les traducteurs se partagent. Au chapitre 78, la phrase sur l’eau prolonge celle du chapitre 8, et elle se poursuit par une maxime que l’on cite souvent seule : le faible l’emporte sur le fort, le souple sur le dur, 弱之勝強,柔之勝剛, chose que tout le monde sait et que personne ne met en pratique.

Ce que Lao-tseu n’a pas dit

Lao-tseu fait partie des auteurs à qui l’on prête beaucoup, et Internet a multiplié les maximes « taoïstes » sans chapitre. Voici les plus répandues en français, avec ce que l’on sait de leur origine.

  • « Donne un poisson à un homme, il mangera un jour ; apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie. » On ne la trouve pas dans le Tao-tö-king : c’est un proverbe, d’origine inconnue, que l’on prête aussi, à tort, à Confucius.
  • « Ce que la chenille appelle la fin du monde, le maître l’appelle un papillon. » Elle vient d’un roman américain, Illusions, de Richard Bach, paru en 1977, où elle figure parmi les aphorismes d’un « messie » imaginaire.
  • « Être profondément aimé par quelqu’un vous donne de la force ; aimer quelqu’un profondément vous donne du courage. » Absente du Tao-tö-king. Les recensements de citations (Wikiquote) en relèvent la plus ancienne trace dans un roman de Dean Koontz, Lightning, paru en 1988, qui l’attribue déjà à Lao-tseu, sans référence.
  • « Si tu es déprimé, tu vis dans le passé ; si tu es anxieux, tu vis dans le futur ; si tu es en paix, tu vis dans le présent. » Introuvable dans le livre, et d’origine incertaine. L’idée circule en anglais au moins depuis la fin des années 1980, sous d’autres formes et sans Lao-tseu (« vivre dans le passé, c’est la dépression ; vivre dans l’avenir, c’est l’anxiété ») ; la forme en trois temps n’apparaît, d’après les chercheurs de citations, qu’en 2012, sur des blogs en portugais, où elle est prêtée tantôt à Lao-tseu, tantôt à d’autres.
  • « Quand je lâche ce que je suis, je deviens ce que je pourrais être. » Elle ne correspond à aucun chapitre du texte chinois, et nous ne l’avons trouvée dans aucune traduction reconnue. Son origine n’est pas établie.
  • « J’entends et j’oublie, je vois et je me souviens, je fais et je comprends. » Elle n’est ni de Lao-tseu ni de Confucius : l’idée vient de Xunzi, un penseur confucéen du IIIe siècle avant notre ère. Notre guide de Confucius en retrace l’histoire.

À l’inverse, « Celui qui sait ne parle pas, celui qui parle ne sait pas », qui a tout l’air d’une maxime de calendrier, est authentique : c’est le début du chapitre 56. La règle est simple : une vraie citation de Lao-tseu peut être retrouvée dans l’un des 81 chapitres. Si personne ne donne le numéro, méfiance.

Lire le Tao-tö-king aujourd’hui

Le meilleur moyen de lire Lao-tseu est de comparer plusieurs traductions, en gardant à l’esprit que le chinois classique, sans conjugaison ni article, laisse beaucoup de liberté au traducteur. Le Chinese Text Project (nouvel onglet) donne le texte chinois complet, chapitre par chapitre, avec une traduction anglaise.

Nos rouleaux reprennent ces phrases en colonne, à lire de droite à gauche et de haut en bas, avec la traduction, le pinyin et la source sur chaque page. Ce sont des dessins calculés par des programmes écrits pour l’atelier, en style régulier et en graphie traditionnelle, imprimés à la demande. Une phrase de Lao-tseu trouve naturellement sa place dans un bureau ou une chambre, là où l’on cherche le calme.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qui était Lao-tseu ?

Un sage chinois connu surtout par la courte biographie de l’historien Sima Qian, vers 100 avant notre ère, qui le dit archiviste à la cour des Zhou. Son existence et ses dates restent incertaines ; son nom, Laozi, signifie « le Vieux Maître ».

Combien de chapitres compte le Tao-tö-king ?

81 chapitres, répartis en deux parties : le Livre de la Voie (1 à 37) et le Livre de la Vertu (38 à 81).

« Un voyage de mille lieues commence par un pas » est-il de Lao-tseu ?

Oui : c’est le chapitre 64 du Tao-tö-king, 千里之行,始於足下, littéralement « une marche de mille li commence sous le pied ».

« Donne un poisson à un homme… » est-il de Lao-tseu ?

Non. On ne trouve cette phrase ni dans le Tao-tö-king ni chez Confucius : c’est un proverbe.

« Ce que la chenille appelle la fin du monde… » est-il de Lao-tseu ?

Non. La phrase vient du roman Illusions de l’Américain Richard Bach, paru en 1977. Elle ne figure dans aucun des 81 chapitres du Tao-tö-king.

Que veut dire Tao te king ?

« Le Livre de la Voie et de la Vertu » : 道 (dào) la Voie, 德 (dé) la vertu, 經 (jīng) le livre classique.

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