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La sagesse chinoise · mis à jour le

Confucius et les Entretiens : sa vie, le livre et ses citations

Confucius n’a laissé aucun livre de sa main. Ce que l’on sait de sa pensée tient pour l’essentiel dans les Entretiens, un recueil de paroles et de brefs dialogues mis par écrit après sa mort par ses disciples. Ce petit livre a pourtant façonné la culture chinoise pendant plus de deux millénaires. Voici sa vie selon la tradition, la construction du livre, ses notions clés, et nos citations, chacune avec son livre et sa section.

En bref

  • Selon la tradition, Confucius, Kong Qiu de son nom, a vécu de 551 à 479 avant notre ère, dans le pays de Lu, l’actuel Shandong.
  • Les Entretiens (論語, Lúnyǔ) ont été compilés après sa mort par ses disciples et les disciples de ceux-ci ; ils comptent vingt livres.
  • Ses notions clés sont 仁, l’humanité, 禮, les rites, et 君子, l’homme de bien.
  • La numérotation des sections varie d’une édition à l’autre : une même citation peut être donnée en XV, 24 ou en XV, 23.

Qui était Confucius ?

Un nom latinisé

Le nom de Confucius est une latinisation de Kong Fuzi, « Maître Kong », forgée par les missionnaires jésuites qui le firent connaître en Europe aux XVIe et XVIIe siècles. En chinois, on l’appelle le plus souvent Kongzi. Son nom personnel était Kong Qiu, et son nom social Zhongni.

Une vie selon la tradition

Selon la tradition, Confucius est né en 551 et mort en 479 avant notre ère, dans le petit pays de Lu, dans l’actuelle province du Shandong. Sa principale biographie ancienne est celle de l’historien Sima Qian, rédigée plusieurs siècles plus tard : il faut la lire avec prudence.

Issu d’une famille modeste, il occupe des charges administratives, puis tente pendant de longues années de trouver un prince qui accepterait de gouverner selon ses idées. Il voyage de cour en cour, sans grand succès. Il consacre la fin de sa vie à l’enseignement. Il dit lui-même, dans les Entretiens, n’avoir jamais refusé son enseignement à quiconque venait le chercher, si modeste fût-il : pour Confucius, ce qui fait la valeur d’un homme, c’est l’étude et la conduite, non la naissance.

Après sa mort, ses disciples et leurs successeurs transmettent son enseignement. Sous les Han, la pensée qui se réclame de lui devient la doctrine officielle de l’État impérial. Sa ville natale, Qufu, conserve son temple, la demeure de sa famille et le cimetière des Kong.

Les Entretiens, un livre de disciples

Le titre chinois du livre, 論語, Lúnyǔ, se traduit par Entretiens ou Analectes. Confucius n’en est pas l’auteur : ce sont ses disciples, puis les disciples de ses disciples, qui ont rassemblé ses paroles, probablement sur plusieurs générations après sa mort.

Le livre se compose de vingt livres, chacun divisé en courtes sections. Chaque livre tire son nom de ses premiers mots ; le premier, par exemple, commence par 學而, « apprendre, et… ». Beaucoup de sections s’ouvrent par la formule « Le Maître dit », zǐ yuē, suivie d’une phrase brève. D’autres rapportent un dialogue avec un disciple, un souverain, un passant.

Une précision utile pour qui cherche une citation : la numérotation des sections varie selon les éditions et les traductions. Une même phrase peut être citée en XV, 23 dans un livre et en XV, 24 dans un autre. Le numéro du livre, lui, ne change pas.

À partir des Song, les Entretiens deviennent l’un des « Quatre Livres », le socle de l’éducation des lettrés, et, à partir des Yuan, la base des examens impériaux. Pendant des siècles, les lettrés les ont appris par cœur.

Trois notions clés

仁, l’humanité

仁, rén, est la vertu centrale de Confucius. On le traduit par « humanité », « bienveillance », « sens de l’humain ». On y reconnaît la clé de l’homme, à gauche, et le chiffre deux, à droite. Confucius ne le définit jamais une fois pour toutes ; il en donne des facettes selon la personne qui l’interroge. L’une des plus célèbres est la règle de réciprocité citée plus bas.

禮, les rites

禮, lǐ, désigne les rites, au sens large : les cérémonies, mais aussi les formes de politesse, les usages, la conduite juste en société. Pour Confucius, les rites ne sont pas de simples formalités : ils donnent forme aux sentiments et rendent la vie commune possible.

君子, l’homme de bien

君子, jūnzǐ, signifiait à l’origine « fils de prince », c’est-à-dire un noble de naissance. Confucius en fait un idéal moral : l’homme de bien, celui qui est noble par sa conduite. Il l’oppose sans cesse à l’homme de peu, xiǎorén. Le jūnzǐ étudie, se corrige, reste fidèle à sa parole, et cherche la justesse plutôt que le profit.

Et l’étude

Une notion traverse tout le livre sans en être le mot le plus savant : apprendre, 學, xué. Les Entretiens s’ouvrent sur elle, et Confucius se présente moins comme un sage que comme quelqu’un qui aime apprendre. Il se dit transmetteur plutôt que créateur, attaché aux textes et aux usages des anciens. C’est ce goût de l’étude, joint au souci de la conduite, qui a fait de lui, pour la tradition chinoise, le maître par excellence.

Les citations de notre catalogue

CitationTraductionSource
有朋自遠方來,不亦樂乎Un ami qui vient de loin : n’est-ce pas une joie ?Entretiens, I, 1
溫故而知新Revisiter l’ancien pour comprendre le nouveauEntretiens, II, 11
學而不思則罔,思而不學則殆Apprendre sans réfléchir est vain ; réfléchir sans apprendre est périlleuxEntretiens, II, 15
三人行,必有我師焉Quand nous marchons à trois, j’ai forcément un maître parmi les deux autresEntretiens, VII, 22
欲速則不達Qui veut aller trop vite n’arrive pasEntretiens, XIII, 17
己所不欲,勿施於人Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasseEntretiens, XV, 24

有朋自遠方來, I, 1. C’est la toute première section du livre. Elle enchaîne trois questions : apprendre et mettre en pratique le moment venu, n’est-ce pas un plaisir ? Un ami qui vient de loin, n’est-ce pas une joie ? Rester serein quand les autres vous ignorent, n’est-ce pas le propre de l’homme de bien ?

溫故而知新, II, 11. La phrase complète dit que celui qui revisite l’ancien pour comprendre le nouveau peut devenir un maître. Pour Confucius, enseigner, c’est d’abord savoir faire revivre ce que l’on a appris.

學而不思則罔, II, 15. Deux défauts symétriques : accumuler sans penser, penser sans s’instruire. L’équilibre des deux est le cœur de sa méthode.

三人行, VII, 22. La suite précise : je choisis ce qu’il y a de bon chez l’un pour le suivre, et ce qu’il y a de mauvais chez l’autre pour m’en corriger. Tout compagnon de route est une leçon.

欲速則不達, XIII, 17. Un disciple, Zixia, devenu gouverneur d’une petite ville, demande comment gouverner. Réponse : ne cherche pas à aller vite, ne t’attache pas aux petits avantages ; qui veut aller trop vite n’arrive pas, qui s’attache aux petits avantages n’accomplit pas les grandes choses.

己所不欲,勿施於人, XV, 24. Le disciple Zigong demande s’il existe un mot qui puisse guider toute une vie. Confucius répond : la réciprocité, shù. Ce que tu ne veux pas pour toi, ne l’impose pas aux autres. La même phrase revient au livre XII, en réponse à une question sur 仁.

Ce que Confucius n’a pas dit

Comme Lao-tseu, Confucius se voit attribuer quantité de phrases qu’il n’a jamais prononcées. Les Entretiens sont un livre court, entièrement consultable en ligne : une phrase qu’on ne retrouve dans aucun des vingt livres n’est pas de lui. Voici les attributions les plus répandues en français, et ce que l’on sait de leur origine réelle.

« On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une »

C’est sans doute la phrase la plus partagée sous le nom de Confucius, en français comme en portugais. Elle ne figure ni dans les Entretiens ni, à notre connaissance, dans aucun texte chinois ancien, et sa formulation est celle du développement personnel d’aujourd’hui. Son origine reste inconnue : nous n’avons trouvé aucune source ancienne fiable. En France, elle a surtout été popularisée par le titre du roman de Raphaëlle Giordano, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, paru en 2015. Interrogée sur ce titre, l’autrice a raconté que la citation avait été trouvée par un proche, sans en revendiquer l’invention.

« Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie »

Rien de tel dans les Entretiens. Le site américain Quote Investigator, qui retrace l’origine des citations à partir des archives imprimées, en a trouvé la plus ancienne version nette en 1982, dans le Princeton Alumni Weekly : un professeur de philosophie, Arthur Szathmary, la tenait d’un ancien qu’il ne nommait pas. La plus ancienne attribution à Confucius qu’il ait relevée date de 1985, dans la presse américaine, et on l’a aussi prêtée à l’homme d’affaires Harvey Mackay, qui l’a popularisée sans l’inventer. Le seul passage des Entretiens qui s’en approche de loin est au livre XX : l’homme de bien qui gouverne, dit Confucius, choisit pour le peuple des travaux qui conviennent, 擇可勞而勞之, et personne alors ne se plaint. Il y est question de gouvernement, non de vocation.

« J’entends et j’oublie, je vois et je me souviens, je fais et je comprends »

L’idée est bien chinoise, mais elle n’est pas de Confucius. On la trouve chez Xunzi, un penseur confucéen du IIIe siècle avant notre ère, au chapitre 8 du livre qui porte son nom : « Ne pas avoir entendu ne vaut pas avoir entendu ; avoir entendu ne vaut pas avoir vu ; avoir vu ne vaut pas savoir ; savoir ne vaut pas mettre en pratique. L’étude s’achève dans la pratique. » En chinois : 不聞不若聞之,聞之不若見之,見之不若知之,知之不若行之。學至於行之而止矣。 La formule en trois temps que l’on cite aujourd’hui est un raccourci anglais du XXe siècle : Quote Investigator en relève une version en trois temps présentée comme un « adage chinois » dès 1953 (« quand je l’entends, je l’oublie ; quand je le vois, je m’en souviens ; quand je le fais, je le sais »), la forme qui s’achève sur « je comprends » en 1966, et un premier rapprochement avec Confucius en 1962, sous forme de question. On la prête aussi, à tort, à Lao-tseu et, dans une variante (« Tell me and I forget… »), à Benjamin Franklin.

« Peu importe la lenteur, pourvu qu’on ne s’arrête pas »

La phrase ne figure pas dans les Entretiens sous cette forme. Elle rappelle deux passages du livre IX : Confucius y compare l’effort à l’édification d’une montagne, que l’on peut abandonner faute d’un seul panier de terre, et il regrette son disciple Yan Hui, dont il dit n’avoir vu que les progrès, jamais l’arrêt. Elle est surtout très proche d’un proverbe chinois, 不怕慢,只怕站, « ne crains pas d’avancer lentement, crains seulement de t’arrêter », qui n’a pas d’auteur connu.

Et « Donne un poisson à un homme… »

Elle ne se trouve pas non plus dans les Entretiens : c’est un proverbe, qu’on prête aussi à Lao-tseu.

Un cas plus subtil est celui du Yi King. La tradition a longtemps attribué à Confucius les commentaires de ce classique ; les historiens ne retiennent plus cette attribution. Notre citation « Le Ciel se meut avec force ; l’homme de bien se fortifie sans relâche » est donc donnée avec sa vraie source, le Yi King, à l’hexagramme Qian, et non sous le nom de Confucius.

Lire les Entretiens

En français, plusieurs traductions font référence, parmi lesquelles celles de Séraphin Couvreur, à la fin du XIXe siècle, d’Anne Cheng et de Pierre Ryckmans. Elles diffèrent parfois sensiblement, parce que le chinois classique est très elliptique : les comparer est la meilleure façon d’approcher le texte. Le Chinese Text Project (nouvel onglet) donne le texte chinois complet, livre par livre, avec une traduction anglaise.

Nos citations sont écrites en colonne, à lire de droite à gauche et de haut en bas, en style Rouleau, sur un panneau monté dans une soie unie. Ce sont des dessins calculés par des programmes écrits pour l’atelier, en graphie traditionnelle, imprimés à la demande. Une phrase des Entretiens sur l’étude ou l’amitié a toute sa place dans un bureau, une bibliothèque ou une salle de classe.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quand Confucius a-t-il vécu ?

Selon la tradition, de 551 à 479 avant notre ère, dans le pays de Lu, l’actuelle province chinoise du Shandong.

Confucius a-t-il écrit les Entretiens ?

Non. Les Entretiens (Lunyu) ont été compilés après sa mort par ses disciples et les disciples de ceux-ci, à partir de ses paroles et de ses dialogues.

Quelle est la citation la plus célèbre de Confucius ?

Sans doute « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse », 己所不欲,勿施於人, Entretiens, livre XV, qu’il présente comme la règle de toute une vie.

« J’entends et j’oublie, je vois et je me souviens, je fais et je comprends » est-il de Confucius ?

Non. L’idée vient de Xunzi, un penseur confucéen du IIIe siècle avant notre ère (chapitre 8 de son livre), et la formule en trois temps est un raccourci anglais du XXe siècle.

Pourquoi les numéros des citations de Confucius varient-ils ?

Parce que les éditions ne découpent pas toutes les livres des Entretiens en sections de la même façon : le numéro du livre est fixe, celui de la section peut varier d’une unité.

Que signifie junzi chez Confucius ?

君子 (jūnzǐ) désignait d’abord un noble de naissance ; Confucius en fait l’homme de bien, noble par sa conduite et son étude.

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